Affolé par les conséquences de l'application de l'article 33 de la loi Rist dans les hôpitaux - qui devraient faire fuir un nombre conséquent de médecins intérimaires - le ministre de la Santé François Braun a promis aux syndicats de PH de leur verser 1,5 milliard... qu'il n'a pas pas, bien évidemment.
Après avoir annoncé qu'il désirait contrôler les rémunérations indécentes des intérimaires, François Braun a tout de suite convoqué les intersyndicales de PH, inquiètes de devoir se taper tout le boulot des intérimaires, pour leur promettre qu'il allait leur verser les sommes folles récupérées chez les mercenaires de la médecine, soit 1,5 milliard. C'est en tous les cas ce qu'annonce en fanfare les intersyndicales (APH, Avenir hospitalier, Action praticiens hôpital, CPH) dans un communiqué commun : "Le Ministre s’est engagé à reverser le surcoût lié à l’intérim médical, économisé par son plafonnement, sur l’attractivité des carrières médicales hospitalières. L’actuel Ministre annonce une redistribution de 1,5 Milliards d’euros."
Le ministre a été vite en besogne car, selon la FHF, cette somme représente la totalité du budget de l'intérim. Or, il n'est pas question de supprimer l'intérim, mais de faire en sorte que les directions hospitalières respectent le plafond autorisé, fixé à 1170 euros pour 24 heures. Les indus redistribués aux PH, si c'est le cas, représente donc une somme bien inférieure à ces 1,5 milliard d'euros. Quoi qu'il en soit, la précipitation avec laquelle le ministre s'est a promis monts et merveilles aux PH prouve bien qu'il y a le feu au lac. C'est un secret de polichinelle : de nombreux services, comme les urgences de Lariboisière par exemple, ne fonctionnent presque uniquement qu'avec des ressources médicales intérimaires.
Hôpitaux de proximité
Mais ce sont surtout les hôpitaux de proximité qui sont menacés de fermeture, du fait de la désertion des médecins intérimaires. Le collectif santé en danger a publié le message de détresse d'une sage-femme officiant dans une petite maternité de niveau 1 située à Romilly sur Seine dans l'Aube. "Suite à la loi Rist, nous sommes menacés de fermeture très rapidement car nous fonctionnons majoritairement avec des intérimaires et la proposition plus que ridicule que l'administration leur propose en terme de rémunération fait que nous n''aurons plus d'anesthésistes ni de pédiatres d'ici une semaine." Ce service n'est pas isolé ; des dizaines d'autres sont également menacés. En promettant 1,5 milliard (qu'il n'a pas) aux praticiens hospitaliers, François Braun espère bien les faire trimer pour compenser la fuite des intérimaires. Fin stratège, l'intersyndicale Action praticien hôpital, en position de force, va tout faire pour que ces revendications, vieilles de l'accord du Ségur de la santé, soit prises en compte, à savoir l'octroi de 4 ans d'ancienneté aux PH embauchés avant octobre 2020 : "APH exprime la volonté des praticiens hospitaliers d’être reconnus à la juste valeur de leur travail, de leurs compétences, de leurs responsabilités, de leur investissement dans l’hôpital public pour un juste soin sur le territoire de santé qu’ils défendent. APH exige, de manière immédiate, rétroactive et sans conditions, de corriger les erreurs du Ségur. En effet, durant ces négociations, les demandes d’Action Praticiens Hôpital et de Jeunes Médecins d’octroyer 4 ans d’ancienneté à tous les praticiens hospitaliers nommés avant le 1er octobre 2020, comme la revalorisation de manière conséquente la permanence des soins, avaient été balayées par le Ministre chargé de la Santé en place."
Nouveau cycle de négociations
Un nouveau cycle de négociations avec les praticiens hospitaliers a donc été initié. Outre la revalorisation de la carrière des PH, il sera aussi question d'aborder la problématique de la retraite des PUPH, la protection sociale complémentaire, la gouvernance hospitalière, mais aussi la préparation des élections professionnelles.
